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Les propos du président d'EDF Pierre Gadonneix, qui réclame un "rattrapage" des tarifs de l'électricité à hauteur de 20% sur trois ans, ont suscité de vives critiques de toutes parts. Les associations de consommateurs ont exprimé leur colère tandis que le gouvernement, par la voix de Christine Lagarde, a sèchement affirmé jeudi n'être "absolument pas lié" par cette demande.
"Depuis 25 ans, si nous avions ne serait-ce que répercuté l'inflation, les prix seraient 40% supérieurs. Or aujourd'hui, nous avons relancé l'investissement en France pour pérenniser notre patrimoine industriel", plaide M. Gadonneix dans "La Tribune", demandant une hausse tarifaire de 20% étalée sur trois ans.
La ministre de l'Economie a rétorqué que le gouvernement n'était "absolument pas lié" par la demande de M. Gadonneix. "Quand on veut des étoiles, on demande la Lune", a ironisé Mme Lagarde. Elle a néanmoins nuancé son propos devant le Sénat, en reconnaissant qu'il fallait "envisager" des hausses tarifaires pour financer les investissements "nécessaires" d'EDF dans les énergies renouvelables et dans le nucléaire. "Ces investissements se financent comment? Certes par des hausses tarifaires, il faut l'envisager, mais bien plutôt, et je crois que c'est une priorité pour la direction d'EDF, par des gains de productivité internes à l'entreprise", a-t-elle dit.
Pour l'heure, "aucune décision n'a été prise par le gouvernement" sur l'opportunité et le niveau d'une éventuelle, hausse, assure le ministre de l'Energie Jean-Louis Borloo, rappelant dans un communiqué que la Commission de régulation de l'énergie n'a pas été saisie d'une proposition du guvernement. Pour lui, "les chiffres évoqués récemment dans la presse par le président d'EDF n'engagent donc que lui".
M. Borloo est également partisan de mêmer gains de productivité au sein d'EDF et majorations tarifaires. Mais "celles-ci doivent cependant tenir compte de la situation fragile de nombreux ménages et entreprises dans le contexte économique actuel, ce qui exclut une progression trop rapide".
L'UFC-Que Choisir a pour sa part dénoncé "une provocation" du patron d'EDF, estimant que "cette demande risque de provoquer de hautes tensions entre l'entreprise et les consommateurs". "La demande d'une hausse des prix de 20% ne peut être lancée de la sorte, sans explications ni données chiffrées", déplore dans "Le Parisien" le président de l'association de défense des consommateurs, Alain Bazot.
"On ne comprend pas", a réagi Thierry Saniez, délégué général de l'association CLCV (Consommation, logement et cadre de vie). "La première question, c'est la transparence du prix de l'électricité en France", a-t-il précisé à l'Associated Press. "On voudrait être certains que le consommateur ne paye pas les investissements hasardeux d'EDF", a-t-il expliqué.
"On s'interroge aussi par rapport à l'emprunt, magnifiquement réussi nous dit-on", a poursuivi M. Saniez en référence à cet emprunt qu'EDF vient de clôturer après avoir récolté 3,2 milliards d'euros, estimant qu'"il faut absolument pérenniser les tarifs réglementés au-delà de l'été 2010".
L'Indecosa-CGT, branche consommateurs du syndicat, a dénoncé dans un communiqué l'attitude d'EDF qui "frappe à la porte pour financer la demande d'actionnaires, visiblement trop gourmands".
Côté patronat, la CGPME s'interroge "sur l'opportunité d'une hausse de 20% de ses tarifs proposée par son PDG pour 'rattraper les retards d'investissements', et ce alors même que les capitaux levés au travers de l'emprunt doivent précisément servir à cela". L'organisation demande au gouvernement d'être "particulièrement vigilant" sur ce point.
La demande faite par voie de presse de M. Gadonneix a aussi suscité de vives critiques des parlementaires. Patrick Ollier, président de la commission des Affaires économiques à l'Assemblée nationale, estime que la hausse réclamée est "inacceptable". Le député UMP des Hauts-de-Seine précise que cette demande ne correspond "pas du tout à ce que le Parlement (est) prêt à accepter".
"Qu'EDF ait besoin d'investissements, j'en conviens. Qu'EDF investisse avec son emprunt, c'est une bonne chose", a réagi le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault. "Mais de là à provoquer des augmentations aussi brutales..."
Enfin, Ségolène Royal a dénoncé la "déclaration irresponsable" de M. Gadonneix. Jugeant que cela "inquiète profondément les familles qui ont (un) pouvoir d'achat très restreint aujourd'hui", la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes a estimé sur France Info que "ce ne sont pas dans un pays démocratique des façons de procéder". AP
sc/div/mw/egp/ll
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