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Au terme de cinq semaines de procès de l'affaire Clearstream devant le tribunal correctionnel de Paris, les questions et les doutes sont encore nombreux. "Dans cette affaire de bric et de broc, on se croirait dans un film de Louis la Brocante", avait ainsi raillé l'ancien patron des Renseignements généraux Yves Bertrand lors de son témoignage à la barre.
Les juges devront rendre leur décision le 28 janvier prochain et essayer de comprendre qui a menti et pourquoi. Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS, soupçonné d'avoir été le "corbeau" qui a transmis les faux fichiers Clearstream à la justice, et Imad Lahoud, soupçonné d'avoir falsifié ces listings en y ajoutant les noms de nombreuses personnalités, notamment politiques, s'accusent mutuellement d'être à l'origine de la dénonciation calomnieuse.
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin est, lui, soupçonné d'avoir fait preuve d'une "abstention volontaire" dans l'affaire Clearstream en la laissant se développer. Ce qu'il a toujours nié.
Les réquisitions du parquet ont été plutôt sévères pour les trois hommes: 18 mois de prison avec sursis pour l'ex-Premier ministre, 36 mois de prison dont 18 mois assortis du sursis pour Jean-Louis Gergorin et enfin 24 mois dont six avec sursis pour Imad Lahoud.
Dominique de Villepin s'est placé en victime du président de la République, Nicolas Sarkozy, dès le premier jour du procès. "Je suis ici par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme", avait-il dit devant des nuées de micros et caméras qui auront été présents tous les jours. Version plus imagée à la suite des réquisitions: "Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher, je vois que la promesse a été tenue". Pour terminer par un apaisement à la sortie de l'audience de vendredi: "Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n'ai pas de rancoeur au fond de moi"...
Si l'ancien Premier ministre a été contredit par le général Philippe Rondot et Jean-Louis Gergorin, rien ne prouve qu'il a été complice d'une dénonciation calomnieuse. "Il n'y a aucun élément à charge", ont plaidé les quatre avocats de M. De Villepin en demandant sa relaxe. Selon Me Olivier Metzner, l'un de ses conseils, "cette audience a été très constructive et elle a montré le vide du dossier".
Mais pour Me Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, le parquet, dans ses réquisitions, a livré "une démonstration implacable" qui "démontre qu'a minima depuis le mois de juillet (2004), c'est à dire depuis la saisine de la DST, Dominique de Villepin savait, il a laissé faire, il a laissé perdurer cette action frauduleuse par son inaction".
Au milieu de flots de mensonges d'Imad Lahoud "Pinocchio" et de Jean-Louis Gergorin "Machiavel", selon les mots mêmes de l'avocat du Franco-Libanais, Me Olivier Pardo, le ministère public a sa thèse, jugeant "manifeste que Jean-Louis Gergorin a joué un rôle moteur dans la dénonciation calomnieuse". "Qui peut croire qu'il n'a pas voulu écarter son rival Philippe Delmas au sein d'EADS?", s'est interrogé dans son réquisitoire le procureur Romain Victor, très clair dans ses explications. Et même de voir Imad Lahoud comme un "subalterne" dans cette dénonciation.
"Jean-Louis Gergorin a été regardé comme un fou, on s'est moqué de sa coiffure, de ses attitudes", a dénoncé Me Paul-Albert Iweins, l'un de ses avocats. "Au bout du compte, cette histoire est un peu celle du Père Noël: tout le monde sait bien qu'il n'existe pas, mais chacun voudrait quand même y croire. Mais voilà, dans cette affaire, le Père Noël n'est pas une ordure, il est un escroc", a-t-il lancé, en visant Imad Lahoud.
Coupable? Pas coupable? Dans un lapsus devenu célèbre, Nicolas Sarkozy avait déclaré le 23 septembre: "Après deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont pris la décision que les coupables devaient être traduits devant le tribunal". Les défenseurs de Dominique de Villepin ont annoncé une plainte contre le président de la République pour atteinte à la présomption d'innocence. Quant à Me Iweins, il a carrément demandé la nullité de toute la procédure, affirmant que le chef de l'Etat devait être "le garant de l'autorité judiciaire et de son indépendance". AP.
nvm/mw
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