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actu & culture


PARIS - mardi 03 novembre 2009 à 20h50

Chirac dresse un réquisitoire contre Giscard dans ses mémoires


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Jacques Chirac ne pardonne pas. S'il écrit dans ses mémoires à paraître jeudi que Valéry Giscard d'Estaing lui voue "une rancune tenace", il règle lui-même ses comptes par le détail avec l'ancien président, réservant également quelques piques bien senties à d'autres qui l'ont déçu ou trahi, comme Edouard Balladur ou Nicolas Sarkozy.

L'ancien chef de l'Etat, qui va fêter ses 77 ans le 29 novembre prochain, revient sur la période allant de son enfance à l'élection présidentielle de 1995 dans le premier tome de ses mémoires, intitulé "Chaque pas doit être un but" (Nil Editions). Le livre, transmis à l'avance à la presse, doit sortir jeudi en librairie, moins d'une semaine après l'annonce du renvoi de son auteur en correctionnelle dans l'affaire des chargés de mission de la mairie de Paris -affaire que l'ancien maire de Paris n'évoque pas dans cet ouvrage.

Jacques Chirac y livre en revanche de très rares confidences sur sa fille aîné, Laurence, qui souffre d'anorexie mentale depuis 1973 et a tenté de se suicider en 1987. "Un drame dont j'ai longtemps refusé de parler, par simple pudeur, par refus de divulguer quoi que ce soit de ma vie privée ou familiale, et parce qu'il ne sert à rien d'exhiber ses souffrances en public".

Plus léger, l'ancien président avoue par ailleurs qu'il fut surnommé, "je ne sais pourquoi", "bison égocentrique" lors d'un bref passage chez les scouts dans son enfance, et qu'il perdit son pucelage à 18 ans dans une maison close de la Casbah à Alger. Il reviendra en Algérie en 1956-57 pendant la guerre, dans le cadre du service militaire, expérience qui le marquera profondément.

S'il dit être entré en politique "à (son) insu, ou presque", Jacques Chirac s'y livrera corps et âme. "La politique n'est pas la guerre, mais elle y ressemble", écrit-il, et s'il ne tarit pas d'éloges pour le défunt président Georges Pompidou, avec qui il fit ses premiers pas dans un gouvernement, il ne manque pas une occasion de critiquer Valéry Giscard d'Estaing, dont il fut le premier ministre de 1974 à 1976, date de sa démission.

"La communication a toujours été difficile entre Giscard et moi, avant de devenir impossible à la fin de son septennat, tant j'ai du mal à comprendre ses réactions, ses façons d'être et sa psychologie", raconte Jacques Chirac, qui contribue à la défaite de l'ancien président à la présidentielle de 1981 contre François Mitterrand.

"Un jour, Giscard assurera avoir 'jeté la rancune à la rivière'. Mais ce jour-là, la rivière devait être à sec, tant cette rancune est demeurée tenace et comme inépuisable. En démocratie, la défaite d'un homme est rarement une perte irréparable", ajoute-t-il.

Il se montre moins dur avec Edouard Balladur, qui fut l'un de ses proches avant de devenir son rival à présidentielle de 1995. "J'avais confiance en Edouard Balladur", souligne-t-il, rappelant qu'un accord politique, "ayant aussi valeur de contrat moral", avait été conclu entre les deux hommes. "Au fond de moi, j'ai encore peine à croire que le Premier ministre soit en train de trahir ses engagements", dit Jacques Chirac, ajoutant qu'il n'a jamais eu "d'explication d'homme à homme avec Edouard Balladur".

Quant à Nicolas Sarkozy, bras droit d'Edouard Balladur avant de conquérir l'Elysée en 2007, Jaques Chirac note qu'il a été "le premier à s'éloigner" de lui en 1995. "Cette première défection ne me laisse pas indifférent. Nicolas Sarkozy est à mes yeux bien plus qu'un simple collaborateur", explique-t-il.

"Je l'avais remarqué à l'occasion d'un de nos meetings. Je lui demandai de venir travailler à mes côtés, ce qu'il fit aussitôt, prenant part efficacement à toutes mes campagnes, avec cette volonté, qui ne l'a pas quitté, de se rendre indispensable, d'être toujours là, nerveux, empressé, avide d'agir et se distinguant par un sens indéniable de la communication", salue M. Chirac.

L'ancien président rend par ailleurs hommage à son prédécesseur et adversaire François Mitterrand, malgré leur difficile cohabitation entre 1986 et 1988. Un homme d'une "finesse de jugement et d'une intelligence tactique qu'(il) a rarement rencontrées dans le monde politique". "'Salut l'artiste', m'est-il arrivé de penser en assistant à quelques-unes de ses prestations". AP

ir/st/sb




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