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actu & culture


MEXICO - samedi 30 aout 2008 à 14h12

Les Mexicains veulent manifester leur ras-le-bol de violence



Quatre ans après une précédente manifestation qui avait attiré pas moins de 250.000 personnes, les Mexicains sont une nouvelle fois appelés à se rassembler ce samedi soir pour protester contre les nombreux meurtres, enlèvements et fusillades qui frappent régulièrement le pays, malgré les efforts du gouvernement.

Le président mexicain Felipe Calderón a fait de la lutte contre le crime sa priorité après son arrivée au pouvoir en 2006. Plus de 25.000 soldats et policiers ont été mobilisés pour reprendre les territoires contrôlés par les cartels de la drogue, qui alimentent notamment les Etats-Unis en cocaïne et marijuana.

Mais malgré l'arrestation de plusieurs barons de la drogue, la situation ne s'est guère améliorée sur le terrain. Loin de là. Les assassinats liés au crime organisé ont augmenté de 47% entre janvier et mai dernier, soit 1.378 en cinq mois, selon des chiffres officiels. Dans le seul Etat frontalier du Chihuahua, où de nombreux gangs sévissent, plus de 800 meurtres ont déjà été signalés cette année, soit deux fois plus que l'an dernier pour la même période.

Quant aux enlèvements, ils ont augmenté de 9,1%, soit une moyenne de 65 par jour. Et nombreux sont ceux qui ne sont pas signalés aux autorités par peur de la police.

Plus de 13 organisations de lutte contre la criminalité appellent à des manifestations dans une soixantaine de villes des 32 Etats mexicains ce samedi soir à partir de 19h (23h GMT, 1h dimanche à Paris). La population doit défiler en silence, avec des bougies et des lanternes. Il y a quatre ans, plus d'un quart de million de Mexicains avaient manifesté pour la même raison.

Cette semaine, une douzaine de cadavres décapités ont été découverts dans la péninsule du Yucatán. Les parlementaires ont demandé l'audition devant le Congrès du ministre de l'Intérieur Genaro Garcia Luna.

Le dernier appel à la mobilisation a été lancé après l'enlèvement et le meurtre du fils âgé de 14 ans d'un riche entrepreneur. L'affaire a suscité un tollé dans le pays lorsque la justice a annoncé qu'un policier avait participé à ce crime.

Cette semaine, une autre histoire a secoué le pays, celle de Silvia Escalera qui a révélé que sa fille âgée de 18 ans avait été enlevée onze mois plus tôt. Son père dirigeait la Commission nationale des sports dans la précédente administration. La famille avait accepté de payer une rançon, mais a ensuite perdu tout contact avec les ravisseurs.

"J'implore votre pitié et vous supplie de me rendre ma fille", a lancé Silvia Escalera devant les caméras après avoir accroché une banderole géante près d'un parc public avec un numéro de téléphone et une photographie de sa fille.

La semaine dernière, Felipe Calderón a convoqué maires et gouverneurs pour une réunion nationale autour du thème de la sécurité, présentant un plan de lutte contre le crime en 74 points. Le texte propose notamment d'améliorer le recrutement des policiers et d'élaborer une stratégie anti-enlèvements dans les six mois. Le ministère de la Défense a promis d'équiper les forces de l'ordre avec des armes automatiques plus puissantes.

Les Mexicains veulent maintenant des résultats. Lors de cette réunion nationale, le père de la victime âgée de 14 ans, Alejandro Marti, a exigé que les plus hauts responsables de la sécurité démissionnent si les violences venaient à se poursuivre. "C'est un cancer que nous allons éradiquer", a promis le président lundi. Mais il a appelé à la patience, notant qu'il faudrait davantage qu'un décret pour améliorer la situation.

Il en faudra également davantage pour redresser la police. Dans certaines villes du nord du pays, les policiers se plaignent de devoir partager leurs armes entre collègues. Et nombreux sont ceux qui ont démissionné après avoir vu des collègues se faire assassiner devant chez eux. Plus de la moitié d'entre eux ont quitté l'école tôt et ne peuvent prétendre à de hautes fonctions et à des salaires plus élevés. La tentation est alors grande de se laisser corrompre par les gangs. AP

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