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actu & culture


VARSOVIE - mercredi 03 juin 2009 à 15h42

La Pologne fête les 20 ans des premières élections semi-libres


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Il y a 20 ans, l'éclatante victoire de Solidarnosc aux élections semi-libres sonnait le glas du régime communiste en Pologne et donnait le coup d'envoi de l'effondrement du bloc soviétique en Europe, symbolisé par la chute du Mur de Berlin en novembre de la même année.

Les dirigeants d'Europe centrale et orientale se réunissaient mercredi à Cracovie pour célébrer cet anniversaire, que les Polonais marqueront jeudi, dans le cadre d'une série de manifestations régionales qui culmineront avec les 20 ans de la chute du Mur en novembre, et ceux de l'exécution du dictateur roumain Nicolae Ceaucescu le 25 décembre.

"Nous avons libéré la Pologne du système soviétique, que nous haïssions", se souvenait récemment le fondateur du syndicat Solidarité Lech Walesa, dans un entretien à l'Associated Press. "Si on m'avait dit il y a 30 ou 40 ans que je vivrais assez longtemps pour voir ça -un pays libre, sans les Soviétiques-, je ne l'aurais pas cru", remarque celui qui devint en 1990 le premier président démocratiquement élu de Pologne.

Une énorme affiche d'un Lech Walesa encore jeune révolutionnaire trône en ce moment sur un bâtiment qui surplombe les chantiers navals de Gdansk, sur les bords de la Baltique, dans le nord du pays. C'est là que sera rendu un grand hommage au mouvement pour la démocratie de l'époque, jeudi, en présence de Lech Walesa, aujourd'hui âgé de 65 ans et auréolé d'un prix Nobel de la paix, et du chef de file de la "Révolution de velours" en Tchécoslovaquie, Vaclav Havel. Les deux hommes devraient aussi prendre la parole lors des célébrations à Cracovie, dans le sud de la Pologne.

Lech Walesa n'était encore qu'un électricien catholique et moustachu des chantiers navals de Gdansk quand il participa à la création de Solidarnosc, premier syndicat libre du bloc de l'Est. Interdictions, répression et grèves se succèdent alors pendant huit ans dans un pays en proie à de grandes difficultés économiques, jusqu'à ce que le pouvoir accepte enfin d'organiser la "table ronde" et conclue un compromis historique avec l'opposition.

Les Polonais obtiennent la légalisation de Solidarité ainsi que des élections libres au Sénat et, encore plus important, semi-libres à la Diète. Le 4 juin 1989, ils se rendent nombreux aux bureaux de vote, alors que les troupes soviétiques sont toujours stationnées sur le sol national. Mais à Moscou aussi un vent d'ouverture souffle, sous la férule du réformateur Mikhaïl Gorbatchev qui a lancé la "Pérestroïka" en 1985 pour moderniser l'URSS.

Les résultats du scrutin polonais surprennent tout le monde, même les plus optimistes des militants de Solidarnosc: le syndicat rafle 99 des 100 sièges du Sénat et la totalité des 161 sièges de la Diète ouverts à tous (un tiers de la chambre). "Je me rendais compte que ce n'étaient pas de fausses élections comme du temps du système socialiste mais je ne m'attendais pas à un tel résultat, à un échec aussi dévastateur des autorités communistes et une telle victoire pour Solidarnosc", se souvient l'économiste Leszek Balcerowicz, qui présida à la conversion de la Pologne à l'économie de marché.

L'émotion fut d'autant plus grande qu'au même moment, l'armée chinoise écrasait dans le sang le mouvement étudiant pour la démocratie place Tiananmen.

Dans la foulée des élections polonaises, Wojciech Jaruzelski, le général aux lunettes noires au pouvoir à Varsovie, est obligé de désigner un Premier ministre non communiste: Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarité. Et en 1990, Lech Walesa est démocratiquement élu président. Depuis, la Pologne et ses 38 millions d'habitants ont totalement quitté l'orbite de Moscou, intégrant l'OTAN en 1999 puis l'Union européenne à l'occasion du grand élargissement à l'Est en 2004.

Certains Polonais pourtant se montrent nostalgiques des quelques côtés positifs du régime communiste, comme la sécurité de l'emploi et la solidarité. "Je suis déçu", reconnaît Kazimierz Kasztelan, mécanicien au chômage de 59 ans, qui vivote avec une indemnité de 700 zlotys (environ 155 euros; 220 dollars) et des petits boulots.

Jaruzelski regrette aussi. Comme Mikhaïl Gorbatchev, il a été balayé par des changements censés consolider son pouvoir. "Je pensais que le système subirait de profondes réformes, mais que le système demeurerait", explique-t-il à l'AP. AP

st/v/nc




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