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actu & culture


PARIS - mercredi 04 novembre 2009 à 16h46

"Chaque pas doit être un but": Jacques Chirac dans le texte



Le premier tome des mémoires de Jacques Chirac, "Chaque pas doit être un but" (Nil Editions) sort jeudi en librairie. L'ancien chef de l'Etat, qui va fêter ses 77 ans le 29 novembre prochain, y revient sur la période allant de son enfance jusqu'à la présidentielle de 1995.

Voici, par thèmes, certaines des principales citations de l'ouvrage:

- LA POLITIQUE

"La politique n'est pas la guerre, mais elle y ressemble."

"Bien plus qu'une question de partis ou d'idéologie, la politique est d'emblée pour moi une affaire d'hommes, de caractères, de sensibilités. Par instinct et goût des autres, c'est sur ce terrain-là que je me trouve spontanément le plus en accord avec moi-même."

"Seul le feu est révélateur, à la guerre comme en politique, du véritable caractère des hommes. (...) Mais on ne les connaît vraiment que face au péril, à cet instant précis, imparable, où les certitudes vacillent".

"Je me soucie peu de ménager les susceptibilités dès qu'une décision me semble devoir être prise dans l'intérêt du pays."

"Je me suis toujours méfié de ce qui émane des services secrets."

"En politique, on ne construit pas une victoire sur la défaite de son propre camp."

- L'IMAGE PUBLIQUE ET LES MEDIAS

"Un responsable politique propulsé sur le devant de la scène ne peut que se résigner aux stéréotypes et aux malentendus qui ne manqueront pas d'être aussitôt véhiculés à son sujet. C'est la loi du genre et je m'y suis habitué d'autant mieux que j'ai très vite cessé de m'intéresser à ce que les journalistes peuvent écrire de bien ou de mal me concernant."

"Autant j'aime le contact direct, concret avec une salle, autant tout me paraît un peu faussé, abstrait, impersonnel, dans un studio de télévision. Cette impression m'a rarement quitté en quarante années de vie publique".

- LES RACINES

"Cet esprit humaniste, que chacun de mes aïeux a ainsi défendu et incarné à sa manière, fait partie intégrante d'un héritage familial dans lequel je me suis toujours reconnu."

"Je me suis toujours senti profondément enraciné dans cette terre de Corrèze."

(Je me sens) "instinctivement plus corézien que parisien".

- LA JEUNESSE

"La guerre nous a donné une jeunesse particulière. Elle a fait de moi un garçon un peu rebelle, provocateur et prompt, non à se dresser contre l'ordre établi, mais à suivre sa propre inspiration, à n'écouter que ses élans et sa curiosité."

Après l'obtention du baccalauréat avec mention "Assez bien", "je n'ai qu'un désir: devenir capitaine au long cours". "Je serai capitaine de navire marchand, naviguant sur tous les océans du monde."

A 19 ans, "je demeure un jeune homme solitaire, indépendant, encore en quête de lui-même à l'âge où tant d'autres croient s'être trouvés".

Il "passe même pour être de gauche, voire communiste". "Je ne me reconnais alors qu'un seul idéal: celui de la non-violence incarné par le Mahatma Gandhi (...) Ce qui m'a entraîné brièvement vers les communistes, c'est avant tout les idéaux pacifistes dont ils se réclamaient".

"Sans doute, au même âge, eussé-je rejoint les étudiants de (Mai) 68."

- L'ALGERIE

Il effectue son service militaire en Algérie d'avril 1956 à juin 1957. "Les ordres que nous recevions sur place étaient précis. Nous les avons exécutés sans états d'âme, et mon escadron s'est bien comporté."

"Même si la raison me conduisait à approuver l'action du général de Gaulle, je me reconnaissais plus proche sentimentalement de mes camarades qui se réclamaient de l"Algérie française'. Je ne tenterai pas aujourd'hui de m'en excuser en prétextant ma jeunesse ou mon inexpérience politique car, placé dans des circonstances similaires, je crois que je ressentirais le même dilemme et le même déchirement."

La torture: "La seule chose que je puisse dire avec certitude est que je n'ai été à aucun moment témoin d'actes de ce genre dans le secteur, il est vrai limité, où je me trouvais."

Les harkis: "Comment ne pas être choqué cependant (...) par le sort effroyable infligé à beaucoup de ceux qui furent nos compagnons d'armes, les harkis, humiliés, massacrés, pour avoir été indéfectiblement fidèles à notre cause? Les souffrances, les atrocités auront été, certes, innombrables de part et d'autre. Mais celles subies par les harkis restés en Algérie après la cessation des hostilités ne sauraient être davantage oubliées. C'est un devoir de mémoire. Je me suis efforcé par la suite de toujours le respecter."

- L'EUROPE

"C'est à tort qu'on a parfois mis en doute mes propres convictions dans ce domaine et caricaturé mes prises de position en me présentant comme une sorte de converti malgré lui, rallié par la force des choses à une cause à laquelle il ne croyait pas.

La vérité est que j'ai été dès l'origine un Européen, non de passion, mais de raison, préoccupé, dès que j'en ai eu la charge, de défendre les intérêts français à l'intérieur de l'Union tout en m'évertuant à faire progresser celle-ci vers un fonctionnement plus responsable et cohérent."

- LA PASSION POUR L'ASIE ET LE "JARDIN SECRET"

"Aux alentours de ma quinzième année commence à se constituer ce 'jardin secret' que je me suis efforcé, depuis lors, de toujours préserver. Avec l'argent que me donne ma mère, j'achète en cachette des livres d'art ou de poésie. Pourquoi me cacher? Par crainte d'être incompris et souci qu'on me laisse tranquille, qu'on ne se mêle pas de mes petites affaires.

J'ai continué, à l'âge adulte, à ne rien livrer de mes hobbies personnels, au point qu'on a fini par me croire imperméable à toute culture. Un quiproquo que j'ai soigneusement entretenu, il est vrai, en laissant penser que je n'avais pas d'autres passions que les romans policiers et la musique militaire."

- BERNARDETTE, son épouse, rencontrée à Sciences-Po

Elle "m'est apparue d'emblée, sous ses airs de jeune fille rangée, comme une femme de caractère".

"Bernadette a son franc-parler et ses opinions peuvent être tranchantes, parfois trop à mon goût, surtout quand elles me concernent. Mais ses avis, ses conseils, ses critiques m'ont souvent éclairé sur les décisions qu'il me fallait prendre, les hommes en qui je pouvais avoir confiance et ceux dont je devais me détourner.

Son intuition, sa capacité d'écoute et son sens politique, son expérience de tous les milieux, des plus modestes aux plus fortunés, lui valent souvent d'avoir raison avant tout le monde, moi y compris (...) Nous sommes restés indissociables, partenaires et complices d'une même aventure, et les aléas de la traversée n'y ont rien changé".

- MICHEL ROCARD, son ami depuis Sciences-Po

A l'époque, c'est un jeune homme dont "j'apprécie l'intelligence étincelante, la sensibilité et la vivacité d'esprit", qui est toujours "fébrile, pressé, impatient, traînant une sacoche bourrée de libres et de dossiers". "Je me sens tellement en phase avec ses convictions anticolonialistes et tiers-mondistes que je le juge parfois trop modéré."

- GEORGES POMPIDOU

"Je ne serais pas tout à fait celui que je suis devenu si la vie ne m'avait réservé la grâce d'une rencontre qui m'a enrichi et révélé à moi-même. Plus encore qu'un père spirituel, Georges Pompidou a représenté pour moi un modèle. Une référence supérieure qui n'a cessé de m'inspirer quand je me suis trouvé, à mon tour, confronté à l'exercice du pouvoir."

"A mes yeux, il symbolisait la France aussi bien que de Gaulle."

- VALERY GISCARD D'ESTAING

"Un jour, Giscard assurera avoir 'jeté la rancune à la rivière'. Mais ce jour-là, la rivière devait être à sec, tant cette rancune est demeurée tenace et comme inépuisable. En démocratie, la défaite d'un homme est rarement une perte irréparable".

"Il n'aura plus de cesse que de remâcher ses griefs et de me désigner comme le seul coupable de son renvoi de l'Elysée.

"La communication a toujours été difficile entre Giscard et moi, avant de devenir impossible à la fin de son septennat, tant j'ai du mal à comprendre ses réactions, ses façons d'être et sa psychologie."

"J'ai très vite compris que, dans son échelle des valeurs, il y avait lui-même, tout en haut, puis plus rien, et enfin moi très en-dessous. Aujourd'hui, chaque fois que nous avons l'occasion de nous rencontrer, je lui dis 'Bonjour, monsieur le Président', et il me répond de même. Nous sommes désormais à égalité."

"Giscard a été l'un des principaux acteurs de la chute du général de Gaulle, celle-ci permettant à ses yeux de hâter une succession dont il entend tirer profit dans les meilleurs délais. En novembre 1970, je l'entendrai me commenter par téléphone la mort du Général en ces termes assez révélateurs: 'c'est une page qui se tourne'. On ne peut pas dire qu'il s'agissait là d'une parole historique. Mais c'était du Giscard."

- ALAIN JUPPE

"Un homme d'une culture et d'une intelligence hors du commun", "manifestant une loyauté qui ne cessera de se vérifier".

- FRANCOIS MITTERRAND

"Un homme bien plus fin et subtil que celui qu'on m'avait décrit, et d'une culture plus étendue que je ne l'avais soupçonné."

Un homme d'une "finesse de jugement et d'une intelligence tactique qu'(il a) rarement rencontrées dans le monde politique". "'Salut l'artiste', m'est-il arrivé de penser en assistant à quelques-unes de ses prestations".

"J'ai appris à me méfier de la pugnacité de François Mitterrand, comme de son art de la dissimulation."

Pendant la cohabitation régnait malgré tout "une ambiance courtoise et respectueuse". "Plus que ses idées, c'est la façon de les mettre en scène que la cohabitation m'a permis d'admirer chez François Mitterrand."

- EDOUARD BALLADUR

"J'avais confiance en Edouard Balladur", souligne-t-il, rappelant qu'un accord politique, "ayant aussi valeur de contrat moral", avait été conclu entre les deux hommes.

"Au fond de moi, j'ai encore peine à croire que le Premier ministre soit en train de trahir ses engagements. Je n'aurai jamais d'explication d'homme à homme avec Edouard Balladur. Je ne l'ai d'ailleurs pas cherchée, considérant, puisque la bataille était engagée, qu'il n'y avait plus qu'à laisser suivre son cours."

- NICOLAS SARKOZY, premier à rejoindre le camp d'Edouard Balladur

"Cette première défection ne me laisse pas indifférent. Nicolas Sarkozy est à mes yeux bien plus qu'un simple collaborateur.

"Je l'avais remarqué à l'occasion d'un de nos meetings au milieu des années soixante-dix. Ayant demandé à prendre la parole pendant quelques minutes, en tant que délégué départemental des jeunes gaullistes des Hauts-de-Seine, il s'était exprimé avec brio pendant plus d'un quart d'heure. Il avait à peine vingt ans et faisait preuve d'un tempérament politique prometteur.

"Je lui demandai de venir travailler à mes côtés, ce qu'il fit aussitôt, prenant part efficacement à toutes mes campagnes, avec cette volonté, qui ne l'a pas quitté, de se rendre indispensable, d'être toujours là, nerveux, empressé, avide d'agir et se distinguant par un sens indéniable de la communication".

- OMAR BONGO, mort en juin dernier après avoir dirigé le Gabon sans partage pendant plus de 41 ans

"Il restera mon ami jusqu'à sa mort". Il faisait partie des dirigeants africains qui sont "pour leurs pays respectifs, des facteurs durables d'unité et de stabilité politiques".

- SADDAM HUSSEIN

"L'homme me paraît intelligent, non-dénué d'humour et même assez sympathique. Il me reçoit chez lui, me traite en ami personnel. La chaleur de son hospitalité ne passe pas inaperçue".

"Lorsque j'ai appris, des années plus tard, la folie répressive qui s'était emparée de ce dictateur, j'ai rompu définitivement tout contact personnel avec lui. Ce qui ne m'a pas empêché d'être choqué par le sort ultime qui lui a été réservé, cette mise à mort nocturne orchestrée avec la même barbarie dont il s'était rendu coupable et pour laquelle on l'avait condamné".

AP

st/der/sb




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