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Des fossiles récemment découverts en Birmanie pourraient prouver que les ancêtres communs de l'homme et du singe ont évolué à partir de primates ayant vécu en Asie plutôt qu'en Afrique, selon une étude publiée dans la revue scientifique britannique "Proceedings of the Royal Society B".
Toutefois, d'autres scientifiques estiment que la découverte, bien qu'importante, ne mettra pas fin au débat sur l'origine des anthropoïdes, famille de primates qui comprend aussi bien des espèces disparues que l'homme moderne.
Les fragments vieux de 38 millions d'années de mâchoires et de dents trouvés en 2005 près de Bagan (centre de la Birmanie) présentent des caractéristiques typiques des primates, explique Chris Beard, paléontologue du Muséum d'histoire naturelle Carnegie à Pittsburgh et membre de l'équipe qui a mis au jour les fossiles.
"Lorsque nous les avons trouvés, nous savions que nous étions en présence d'un nouveau type de primate et en gros de quel type de primate il s'agissait", a-t-il déclaré à l'Associated Press. "Les mâchoires et les dents sont très révélatrices, presque comme des empreintes digitales pour ce type de fossiles."
M. Beard et son équipe -comprenant des chercheurs de France, Thaïlande et Birmanie- a conclu que les fossiles provenaient d'une dizaine de représentants d'une nouvelle espèce, baptisée "Ganlea megacanina", ayant appartenu à une famille de primates anthropoïdes asiatiques aujourd'hui disparue: les Amphipithecidae.
Les caractéristiques des canines suggèrent que la créature arboricole ressemblant à un singe et pourvue d'une longue queue ouvrait des fruits tropicaux avec ses dents afin d'en consommer la chair et les graines. Les singes saki qui vivent aujourd'hui dans le bassin amazonien ont un comportement similaire, observe M. Beard. "Non seulement le Ganlea ressemble à un anthropoïde, mais il se comportait comme un anthropoïde il y a 38 millions d'années en ayant cette écologie alimentaire très spécialisée", précise-t-il.
Les fossiles sont plusieurs millions d'années plus vieux que n'importe quel autre anthropoïde découvert en Afrique, mais ne sont pas les plus anciens du genre pour l'Asie. En 1994, M. Beard et des chercheurs chinois avaient découvert des os de pied fossilisés de l'anthropoïde Eosimias, l'un des primates les plus petits jamais répertoriés, qui a vécu il y a 40 à 45 millions d'années dans l'est de la Chine.
L'âge des restes du Ganlea et de l'Eosimias constituent des preuves permettant de contester la thèse selon laquelle les primates anthropoïdes ont évolué en Afrique, affirme M. Beard. "Le nouveau fossile Ganlea nous aide à affirmer, et nous pensons que le débat est vraiment proche d'être tranché maintenant, que lorsque l'on regarde aussi loin dans le temps, l'ancêtre commun des singes et de l'homme vivait en Asie et pas en Afrique", dit-il.
En mai, des chercheurs ont dévoilé le squelette quasi-intact d'un primate vieux de 47 millions d'années, découvert en Allemagne et surnommé "Ida", qui selon eux donnent un aperçu de l'aspect physique de nos lointains ancêtres. "Nous n'allons pas jusqu'à dire que le Ganlea est le chaînon manquant, mais nous savons qu'il est beaucoup plus étroitement lié à nos ancêtre qu'Ida, même si malheureusement nous n'avons pas un squelette complet comme pour Ida", précise M. Beard.
Reste que Jorn Hurum, qui a apporté Ida au Muséum d'histoire naturelle de l'université d'Oslo, estime qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions à partir du Ganlea car on n'en possède que des restes de mâchoires et de dents. "Ces fragments sont encore trop peu nombreux", souligne-t-il. Et d'ajouter: "Le débat scientifique va se poursuivre jusqu'à ce que des squelettes plus complets comme celui d'Ida soient découverts, et cela pourrait prendre plusieurs centaines d'années." AP
lma/v561/st
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